Présidentielle congolaise. Comment Joseph Kabila “quitte le pouvoir sans le perdre”

Le chef d’État sortant, Joseph Kabila, le 30 décembre 2018, à Kinshasa, en république démocratique du Congo (RDC). PHOTO LUIS TATO / AFP

Jeudi 10 janvier, un opposant, Félix Tshisekedi, a été proclamé vainqueur de la présidentielle en république démocratique du Congo (RDC). Mais le reste de l’opposition dénonce une fraude manifeste. Des journaux congolais soupçonnent un arrangement organisé en faveur du camp du chef d’État sortant, rapporte la Revue de presse Afrique de RF

Selon les résultats provisoires annoncés dans la nuit de mercredi à jeudi par la Commission électorale congolaise (Ceni), le successeur de Joseph Kabila [empêché par la Constitution de se représenter pour un troisième mandat] est donc Félix Tshisekedi.

Le leader de l’UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social) recueille 38,57 % des suffrages, devant l’autre opposant, Martin Fayulu (35,2 %), et le candidat de la majorité présidentielle, Emmanuel Ramazani Shadary (23,8 %).

Le candidat du pouvoir seulement troisième

“Fin du suspense en république démocratique du Congo !” s’exclame le site d’information congolais 7 sur 7. “À 56 ans, Félix Tshisekedi va donc devenir, si les résultats sont confirmés par la Cour constitutionnelle, le 5e président de l’histoire de la république démocratique du Congo”.

C’est donc une lourde défaite pour le pouvoir en place, le dauphin désigné de Kabila n’arrivant qu’à la troisième place, bien loin derrière les deux candidats de l’opposition. Toutefois, cette victoire de Félix Tshisekedi est un moindre mal pour le président sortant…

En effet, pointe 7 sur 7, “l’UDPS avait reconnu avant-hier mardi un rapprochement entre son président, Félix Tshisekedi, et le chef de l’État, Joseph Kabila. Selon Jean-Marc Kabund, secrétaire général du parti, il s’agit bel et bien d’une démarche qui s’inscrit dans le cadre d’une réconciliation nationale qui ‘exclut’, a-t-il expliqué, ‘toute politique de règlement de comptes ou de chasse à l’homme’.”

Rapprochement entre Tshisekedi et Kabila

Le site d’information Politico CD va plus loin en affirmant que Kabila, aux commandes, dans l’ombre de la Ceni :

a tiré les ficelles pour quitter le pouvoir sans le perdre”.

Explication : “dimanche, les choses étaient suffisamment claires pour le pouvoir”, rapporte Politico CD.

“D’après plusieurs sources, y compris à la Ceni, une victoire d’Emmanuel Ramazani Shadary se tramait. […] Lundi, alors que la pression montait tant en RDC que du côté de la communauté internationale [pour empêcher l’annonce de ce résultat jugé frauduleux alors que plusieurs sources annonçaient une nette victoire de Martin Fayulu], Félix Tshisekedi entamait étrangement un rapprochement avec le pouvoir. Dans une interview à la presse belge, il déclarait quasiment sa flamme à Joseph Kabila.”

“Tout sauf Fayulu”

Et Politico CD de confirmer lui aussi le rapprochement opéré alors entre l’UDPS et le camp Kabila :

Concrètement, Joseph Kabila ne pouvait pas prendre le risque de faire gagner son dauphin, le pays aurait alors implosé.”

Une thèse reprise et commentée par le site Afrikarabia, spécialisé sur la RDC : “Dans la majorité, une ligne rouge avait été tracée : tout sauf Fayulu. Les cadres du FCC [Front commun pour le Congo, coalition présidentielle] et le président Kabila ne souhaitaient pas revoir venir dans le jeu politique les mentors du candidat de la coalition Lamuka [de Martin Fayulu], Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi [tous deux empêchés de concourir à la présidentielle].”

Félix Tshisekedi cochait donc toutes les cases. Issu de l’opposition, il apaiserait sans doute les tensions, surtout dans les rues, et pourrait composer avec le FCC et le président Kabila.”

[Juste après la proclamation des résultats, Martin Fyulu a dénoncé “un véritable putsch électoral, c’est incompréhensible”.]

“Kabila restera dans l’ombre”

Alors, poursuit Afrikarabia, “si la majorité présidentielle a perdu, Joseph Kabila restera dans l’ombre. Avec l’élection de Félix Tshisekedi, le pouvoir congolais sera clairement bicéphale. Avec un pouvoir faible à la présidence et un contre-pouvoir fort à la Primature, à l’Assemblée et au Sénat, où le camp Kabila n’a pas dit son dernier mot.”

Le système économique et sécuritaire devrait rester aux mains de l’ex-président congolais, qui a verrouillé toutes les administrations, la justice, la Cour constitutionnelle (en cas de litige postélectoral, et il peut y en avoir), mais surtout la police, l’armée et les services de renseignements.”

Du coup, estime Wakat Séra au Burkina Faso, “en attendant le verdict définitif du Conseil constitutionnel, il faut souhaiter que les appels des leaders religieux et de l’Union africaine invitant les perdants au fair-play et les populations à la retenue pour éviter les violences portent leurs fruits. Sinon c’est une crise postélectorale dont on ignore l’envergure qui se profile à l’horizon”

Par Courrierinternational.com

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A propos Bouesso

Licencié en droit privé Auteur, Poète, communicateur Journaliste freelance
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